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George Sand à Tamaris

Le séjour de George Sand à Tamaris est pour nous, visiteurs du XXIe siècle, du plus grand intérêt. Grâce au récit qu'elle nous a laissé de ce séjour, dans son journal de voyage Voyage dit du Midi, nous disposons à la fois d'une description fort intéressante des lieux, métamorphosés depuis, et aussi de ses impressions personnelles sur les lieux et les personnes rencontrées ; de plus, en comparant ce récit avec son roman Tamaris, nous pouvons évaluer le rapport entre le lieu et l'écrivain. Tamaris représente enfin un des exemples les plus caractéristiques et les plus anciens de l'influence de l'écrivain sur la destinée d'un lieu.


Vincent Courdouan, La petite rade de Toulon, 1882
Coll. Musée d'Art de Toulon, Cliché Nicolas Burzoni - Service Photo. de la ville de Toulon

A l'époque où George SandPourquoi cette femme déjà célèbre a-t-elle choisi Tamaris comme lieu de séjour?
Très éprouvée par une typhoïde, elle a besoin de repos et de changement d'air et accepte la proposition de son médecin de faire un séjour dans le Midi. Elle y est déjà venue deux fois mais n'a pu le visiter et elle est enthousiaste à l'idée de pouvoir ainsi mieux le connaître et surtout de découvrir sa flore car elle se passionne pour la botanique. Elle envisage en premier lieu d'aller à Hyères à cause de sa réputation de station climatique d'hiver mais Tamaris lui convient mieux que Hyères, car la vie à Hyères est beaucoup plus chère surtout pour se loger et c'est "une ville d'Anglais où il faut toujours être sur son 36" (Lettre à Charles Duvernet, 24/02/1861).
vient à Tamaris, en 1861, Tamaris n'est qu'un petit hameau«Ce n'est ni Hyères, ni Monaco, ni rien de connu, c'est une oasis au bord de la mer, au pied des montagnes sous les pins. Le pays me rappelle Majorque.»
Georges Sand, Lettre à sa fille Solange Clésinger, 19 février 1961
de la Seyne. Son fils, Maurice, envoyé en éclaireur pour trouver un lieu de résidence, après s'être renseigné auprès d'un de leur très bons amis, Charles PoncyCharles Poncy (1821-1892), surnommé le poète-maçon, est toulonnais. Il partageait son temps entre d'une part ses activités de maçon, plus probablement d'entrepreneur-maçon, sa charge de secrétaire de mairie, secrétaire de la chambre de commerce, expert judiciaire en matière de bâtiment, et même courtier au moment de la construction de la ville haute de Toulon et d'autre part, épris de poésie, il consacre ses loisirs à écrire des poèmes et s'investit dans le Félibrige dont il est le fondateur à Toulon. En correspondance avec Georges Sand depuis une vingtaine d'année, il lui a même rendu visite à Nohant, il cherche à lui rendre son séjour le plus agréable possible.
Auteur de Tamaris et les Sablettes avant et depuis Michel Pacha.
, déniche la perle rare: une petite maison"La maison est petite, badigeonnée en jaune rosé à la mode du pays, couverte en tuiles courbes, six fenêtres de façade contrevents verts. Devant la maison, une terrasse, pavée en briques (les belles briques vernissées en rouge de la localité), un berceau en fer avec des rosiers grimpants, jasmins, chèvrefeuilles, deux arbres exotiques à l'entrée : une autre terrasse à air libre plantée d'arbustes, arbousiers, lauriers, rosiers, etc …
Une petite balustrade, au-dessous, un terrain inculte qui règne tout autour de la maison et forme une colline très jolie plantée de beaux pins maritimes déjà très forts et tout en boules et en parasols qui cachent la maison entièrement et de tous les côtés. De loin, on n'aperçoit que le haut du toit; […] La vue est admirable de tous côtés. […] De la fenêtre de Manceau, c'est idéal. De la mienne en plein midi c'est beau mais il y a trop de mer à la fois. Nous sommes en face de l'Afrique – à l'extrême pointe méridionale de la France
" 20 février 1861 Voyage dit du Midi.
en location ouvrant sur un paysage magnifique

"De ma fenêtre" - Dessin de Maurice Sand - Document de B.H.V.P. - Dans Voyage dit du Midi 1861 - Les ateliers du patrimoine VILLE DE LA VALETTE-DU-VAR.

Le site et la situation de la maison satisfont tout à fait George Sand. Pour l'intérieur, il s'avère plus modeste mais propre, seule la décoration laisse à désirer mais elle conclue "il ne faut jamais rien regarder de tout cela, il faut regarder dehors" et elle a tôt fait de remplacer les objets qui ne lui plaisent pas par d'autres à son goût. C'est une femme qui va à l'essentiel et qui sait choisir ses priorités. L'environnement lui importe plus que la résidence elle-même pourvu qu'il y ait le minimum vital. Si elle a préféré une maison en location et qui plus est dans un lieu à l'écart du monde, c'est qu'elle a besoin de repos et donc de calme, elle fuit les mondanités et n'accepte que les visites de ses proches et amis.
et située au milieu de terrasses cultivées. Elle vit au rythme des caprices du temps, restant à l'intérieur lorsqu'il fait trop mauvais, mais bravant parfois courageusement le mistral glacé. Elle est avide de paysages et curieuse de découvrir des plantes inconnuesDès le jour de son arrivée, elle en a déjà fait une moisson autour de la maison "romarin, thym, orchis, lavande, ciste rose, thlaspi, asperge sauvage, lentisque, globularia, graminées, toutes espèces méridionales" et de chaque excursion ou promenade, elle ramène de nouvelles plantes..

Son journal, rapporteur fidèle de ses promenades et excursions, peut encore nous servir de guide aujourd'hui. Parmi ses ballades dans les alentours immédiats de Tamaris, il y a le Marvivo"Marvivo est une rangée de maisonnettes plus riches, sur le bord de la vrai mer, à l'entrée de la jetée de la sablette dite plage. C'est en effet une jetée naturelle laissée par la mer qui se retire de nos côtes." Journal 21 février
On remarque qu'à l'époque, entre Tamaris et Marvivo, s'étendaient des cultures, visibles sur la vue dessinée de sa fenêtre, où son ami Charles Poncy venait chasser les petits oiseaux.
, le fort "blanc"Le fort "blanc" serait la batterie de la Verne, construite sous le Second empire.
"De là nous voyons de plus près que chez nous les deux rochers en pain de sucre qui sortent de la mer à une certaine distance de la côte et qu'on nomme les frérets [aujourd'hui "Les deux Frères"]; plus le Cap Sicier, belle montagne boisée couverte de pins, la montagne de notre-Dame de la Garde [N.D. du Mai] avec son église perchée très haut, des collines fort belles derrière nous."
Journal 21 février
qui serait la batterie de la Verne, et le fort Napoléon: "C'est la plus belle vue de côte que je connaisse. Au retour effet de soleil couchant admirable. Le Coudon se décoiffe et se dessine en opale sur le ciel. La mer est rose puis lilas avec des tons gris perle Le ciel est en flocons de nuages cerises". (journal 24 février)

Elle se rend aussi sur la pointe de Balaguier: " […] délicieux bois de pins et de lièges plein de bruyère blanche en fleurs". (journal 13 mars), la batterie des Hommes sans peur…Ce nom fait allusion au siège de Toulon en 1793, où Bonaparte avait installé une batterie au-dessus du quartier de l'Evescat, son emplacement n'est pas réellement localisé mais il semblerait que ce soit sur la colline Caire, de là on peut jouir d'un magnifique panorama (journal 16 mars).
Mais nous dirons que celui du Fort Napoléon est au moins aussi beau.

George Sand qui a une excellente perception de la réalité, a déjà une vision prophétique « La propriété territoriale ne vaut pas ici une simple casquette et pourtant respirer l'air de la mer dans les étés desséchants est d'une telle nécessité pour le toulonnais, que le moindre ouvrier qui a pu économiser quelques sous, fait comme Poncy et achète un arpent ou une boisselée (environ 10 ares) de terre et bâtit une maisonnette qu'il entoure de cyprès et où il passe à dormir, ou à pêcher des coquillages des dimanches d'une gaieté folle. Aussi on achète toujours et on bâtit partout. Il en résulte une telle division de la propriété que la terre sera absolument nulle comme rapport et que la campagne disparaîtra sous une ville à jardin, garnissant toute la côte. Ce sera plus fructueux puisqu'on pourra toujours vendre louer et gagner sur son marché, mais avec leur système de bâtisse ce sera horriblement laid. »
Journal 16 mai
de ce que risque de devenir ce site de Tamaris qui l'enchante par son naturel: "On achète toujours et on bâtit partout. Il en résulte une telle division de la propriété que la terre sera absolument nulle comme rapport et que la campagne disparaîtra sous une ville à jardin, garnissant toute la côte".

Elle ne se doute pas qu'elle va participer bien involontairement à cette mutation. Son roman Tamaris, dont le personnage principal est un médecinLes médecins vont surenchérir et vanter les mérites de Tamaris :
Tamaris "peut être considéré comme une station excellente contre l'étiolement, maladie qui est si commune dans les grandes villes" (Dr. Sauze) (cité dans l'étude de Nathalie Bertrand Tamaris entre Orient et Occident, Actes Sud, 2003, voir son chapitre sur "Société et balnéarité").
Une autre étape va être franchie dans la promotion de Tamaris. Le Dr. Sauze, dans un nouvel ouvrage, entreprend de démontrer les bienfaits des bains de mer et, de ce fait, les atouts possédés par Tamaris-Les Sablettes pour en faire un lieu de villégiature estivale. Le Dr. de Lignières va dans le même sens en faisant remarquer que :
"Les hivernants assidus du littoral, es voyageurs moroses ou malades ont fini par se rendre compte de l'étrange manie qu'il y avait à abandonner ce pays au moment où la nature y fait éclater ses splendeurs, au moment où le soleil, le sol et la mer unissent leurs effluves salubres pour envelopper l'être humain dans une plénitude de bien-être et de force. […] Les bains de mer pris dans la Méditerranée offrent de précieux avantages qu'on n'a pas encore assez fait ressortir…"
(cité par Nathalie Bertrand, op. cité)
, a un retentissement considérable sur le devenir de Tamaris. Dans les années suivantes, plusieurs médecins vont souligner les qualités thérapeutiques du lieu puis les bienfaits d'un séjour d'été.

D'autres raisons vont s'ajouter aux arguments médicaux pour lancer la mode de la villégiature estivale à Tamaris.

Un homme, et non pas une municipalité, est à l'origine de la création de la nouvelle ville de Tamaris, c'est Michel Pacha. Préparée déjà à partir des années 1865-70, la ville commence à accueillir les touristes dans les années 1880, se prolonge en 1888 par l'aménagement des Sablettes et l'ensemble devient, durant la Belle-Epoque, une station balnéaire, "première étape vers la Côte d'Azur".


Eugène Dauphin, Les Sablettes, 1884
Coll. Musée d'Art de Toulon, Cliché Nicolas Burzoni
Service Photo. de la ville de Toulon.

Le paysage de Tamaris avait attiré les peintres avant même sa transformation, précisément pour sa beauté naturelle. Ils sont aujourd'hui de précieux témoignages de l'avant et de l'après Michel Pacha. Citons pour cela, Emile Noirot et bien sûr les toulonnais Vincent Courdouan et Eugène Dauphin.

Les écrivains, de passage ou résidents, ne manqueront pas de venir à Tamaris se distraire ou chercher l'inspiration et continueront à participer à la promotion et au mythe de la Côte d'Azur. Parmi ceux qui sont venus à Tamaris, on relève les noms de : Pierre LouÿsIl descend au Grand Hôtel des Tamaris et y fait trois séjours en 1905, 1907 et 1910.
"Un ciel d'Egypte et une brise fraîche. Tamaris est un paradis. […] Douze villas cachées dans les jardins, une colline couverte d'arbres africains, un lac de mer bleue fermé par une presqu'île inégale, ici montagneuse et là si basse qu'on voit toute la méditerranée au-delà, et puis un silence absolu, une paix de campagne et Toulon invisible à 20 minutes au nord…"
(cité par Nathalie Bertrand, op. cité)
, François Mauriac, hôte de la villa blanche dans les années 1920, Jean Cocteau, Paul Morand, l'écrivain des voyages qui évoque Tamaris dans Bains de mer et Méditerranée, mer des surprises (1938) et bien d'autres encore.

Encadré pratique

Pour revivre le passé de Tamaris à l'époque de George Sand ou de Paul Morand, laissez-vous guider par les conférencières de l'association Mnémosyne. Contact : Aline Grellet, 06.70.61.27.46.

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Le Tamaris de Michel Pacha, carte postale, Association Mnemosyne.