Joie de vivre, amitié et expression artistique au Revest-Les-Eaux
Cette escale est sous le signe de l’évocation. Evocation d'une ambiance artistique et littéraire qui naquit autour de quelques revestois d'adoption dont les parents avaient acquis une maison au Revest ou qu'ils acquirent eux-mêmes. Il s’agit des époux Chabaneix, de Marius Echevin et d'Albert Decaris.

Lorsqu'on arrive de Toulon par la route de l'ouest (D. 846), au détour d'un virage, Le Revest s'offre à notre vue avec sa pyramide de petites maisons groupées au pied de leur tour, et ses collines escarpées qui l'entourent comme un écran protecteur. Comment ne pas être séduit par ce spectacle? Comment les peintres ne le seraient-ils pas eux-mêmes? Il faut ajouter que la lumière y est particulièrement belle, qu'elle irise les oliviers en plein midi ou qu'elle poudroie à travers les frondaisons de la vallée de Dardennes, c'est toujours un instant magique.
Si l'on veut ressentir les émotions qui pouvaient être au cœur
de la création des artistes, laissons les voitures sur un des parkings,
et montons à travers les rues du vieux village jusqu'à la Tour.
Là, nous attend un des plus beaux panoramas
Au nord, le plateau du Siou blanc, avec à son extrémité le
Grand Cap, très minéral avec ses roches calcaires tourmentées,
creusé de multiples carrières dont certaines sont aujourd'hui abandonnées; à l'est,
le barrage de Dardennes qui alimente en eau la ville de Toulon; au nord-est du
barrage, le Mont-Combe (495m.); au sud-est, le Coudon (703m.); au sud, la vallée
de Dardennes où circulent les eaux du Las et le Béal, canal qui
amène les eaux de la source de la Foux; plein sud, le Mont-Faron qui dissimule
en partie Toulon; au nord-ouest s'élève le Mont Caume (796m.); à l'ouest,
la colline de Costebelle, et dans l'espace entre cette colline et le Mont Faron
s'ouvre une vue splendide sur la mer où l'on aperçoit nettement
le Cap Sicié et les rochers des Deux-Frères. de la région. Le
spectacle se déroule sur 360 degrés. Le poète Léon
VéraneLéon Vérane (1886-1954), poète toulonnais.
« Le dîner fini, nous montâmes vers le sommet de
la colline […] A nos pieds c'était toute une Provence d'oliviers
dont les verts prenaient mille tonalités diverses selon la distance
où ils étaient
et la hauteur où ils avaient poussé dans la montagne. Merveille
imprévue Toulon et le Mourillon nous apparaissaient dans la nuit tombante
au fond de la vallée, et le rade pleine d'une nuée violette s'entourait
d'une ceinture féerique de lumières. La lune se levait déjà,
comme suscitée par la magique incantation des grillons, accompagnée
d'un cortège de senteurs plus fortes. Les oliviers devinrent des milliers
de hérissons métalliques, repliés en boule les uns près
des autres, de tous côtés; les routes prirent un éclat
de fer blanc dans la nuit claire. Puis, vers minuit, nous descendîmes,
et ce fut de loin, sur le chemin de Dardennes, la vision fantastique de la
tour qui se détachait toute lumineuse et argentée sur un fond
de montagnes terribles que la lune ronde n'éclairait pas ».
Léon
Vérane Portrait de la France: Toulon, écrit en 1927, publié en
1930, éd. Emile-Paul Frères, cité dans Le Revest-les-Eaux
et son siècle des Lumières (1930-2002) Les associations Les
amis du Vieux Revest et du val d'Ardène et Loisirs et Culture soutenues
par l'UFR de Lettres et Sciences Humaines de l'Université du Sud Toulon
et Var. en a fait une merveilleuse description d'un soir où il
y était monté.

En redescendant, on marquera un arrêt devant le Château (XVIe siècle). Sur un de ses flancs est accolé un bâtiment dans lequel se trouvait autrefois l'Auberge du Vieux Château, où venait précisément Léon Vérane avec ses amis, déguster une omelette au lard et un fromage de chèvre arrosé d'un vieux vin du pays comme ce soir où il monta à la tour.
On peut ensuite revenir en voiture sur la route de Toulon et se rendre dans le quartier de la villa Le Cyprès, à défaut de pouvoir entrer dans cette propriété qui est privée, on peut prendre le chemin de Fontainieu d'où la vue vers la rade et les collines, est également intéressante.
Cette bastide avait été achetée par le Docteur Chabaneix,
médecin de marine, et sa femme, pour y vivre leur retraite. Ils écrivaient
tous deux des poèmes sous le pseudonyme de Nervat. Leur fils hérita
de leurs dons de poètes, il ouvrit, en 1930, une librairie à Paris Le
balcon, rue Mazarine. C'était le rendez-vous des amis poètes
et artistes. Ces mêmes amis venaient l'été lui rendre visite
ou séjourner au Cyprès
Le Cyprès « cet agreste relais des muses », « connu
de tous les rêveurs de lune, des peintres, des artistes, ceux de Paris
et des "ailleurs », « la bastide des poètes,
des peintres et des copains ». (Raoul Noilletas dans Le Revest-
les-Eaux…, idem supra).
. Le peintre sculpteur DionisiDionisi (1904-1976), sculpteur et Grand Prix de Rome de peinture. Parmi ses œuvres
peintes citons les fresques (500m2) peintes pour l'Hôtel de Ville de Puteaux
et ses œuvres sculptées: le buste de Raimu, le médaillon
du poète Léon Vérane, le dauphin du jardin d'enfants à la
Seyne. y séjournait chaque année et dans le livre d'or la liste est
longue des artistes et poètes qui y sont passés. Joie de vivre,
amitié et expression artistique, c'est bien l'ambiance qui caractérisait
la vie au Cyprès.
En redescendant sur la route et à peu de distance, de l'autre côté de la route, se trouve le quartier de Mastaba où est situé la maison du peintre Marius Echevin Marius Echevin (1899-1982), artiste peintre, avait son atelier à Toulon mais il fut entièrement détruit par les bombardements du 24 novembre 1943, avec toutes ses toiles. Il trouva refuge au Revest dans sa maison des champs qu'il avait faite construire en 1938. Sa conception était particulière en forme de pyramide tronquée d'où son surnom de Mastaba qui donna le nom au quartier. Cette maison, propriété privée, ne se visite pas..

Marius Echevin, Blé dans les oliviers Le Revest-les-Eaux, 1940 (coll. particulière)
« Là j'ai reçu des amis qui sont venus y travailler,
des poètes ont été inspiré et ont traduit cela
par de beaux poèmes. Je cite Léon VERANE et Philippe CHABANEIX.
Francis CARCO est venu écrire dans l'atelier en 1940. Pierre DIONISI,
grand prix de Rome de peinture et de sculpture a fait du site de nombreux
dessins ainsi qu'Albert DECARIS, Membre de l'Institut. Olive TAMARI, BABOULENE,
BIANCHERI sont venus peindre oliviers, amandiers, cyprès. DIONISI
est venu avec l'architecte MADELINE […] »
Marius
Echevin, extrait d'un texte cité dans Le Revest- les-Eaux…,
idem supra.

Enfin, nous redescendrons du Revest par la route de l'Est qui mène vers la verdoyante vallée de Dardennes, nous laisserons la voiture sur le parking avant le croisement avec la route qui se dirige vers La Valette et nous remonterons à pied sur une cinquantaine de mètres pour admirer le parc du « Saraillon » la propriété où vécut Albert Decaris Albert Decaris (1901-1988), peintre et graveur, devint célèbre par la gravure des timbres-postes. Il s'intéressait de près à l'architecture et "son burin métamorphosait, sans les faire mentir, mais en les sublimant, les monuments les plus fameux, ou les rues les plus familières" (Yvan Christ dans Le Revest- les-Eaux …, idem supra).. Le cyprès, ici aussi, y est à l'honneur avec la double haie qui conduit à la bastide.