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Les bâtisseurs d’avant la Côte d’Azur

Alphonse Denis, érudit parisien, devient le maire de Hyères en 1830 et se consacre à faire du terroir rural d’Hyères une ville moderne. Au XVIIIème siècle, Hyères et ses îles comptaient déjà parmi les destinations des voyageurs européens en constituant l’un des douze sites les plus visités de Provence. On vient y admirer les jardins et s’étonner de découvrir que "Hyères n’est pas une île". Alphonse Denis est un des premiers à voir le parti économique à tirer du développement de la villégiature. Dès 1828, on évoque un casino pour la ville ; mais les grands projets aboutissent lentement. Comme le Boulevard de la mer ou la caserne, le casino ne sera édifié qu’en 1900.

Avant lui, les riches propriétaires terriens ont investi dans le progrès agricole, tel Aurran qui fut l’artisan de l’assèchement des marais pestilentiels transformés en prairies artificielles et qui planta aussi de nouveaux vignobles dans la vallée de Sauvebonne. Alphonse Denis introduit les principes d’une gestion municipale moderne où le recours à l’emprunt remplace la coupe de bois pour financer les bâtiments publics ; il relève le défi de conjuguer une mise en valeur des ressources du terroir par son agriculture et par l’accueil des étrangers, toujours plus nombreux à vouloir séjourner à Hyères pour les bienfaits de son climat.


L'église St Loins vers 1900
Fonds photographique
Médiathèque municipale, Ville de Hyères
,
éditée dans Une ville en images Odile Jacquemin

Précurseur de son temps, Alphonse Denis l’est tout autant que son œuvre d’urbaniste : embellissement urbain, assainissement et adduction d’eau, construction de monuments civils… Membre de la Commission des Monuments Historiques où siège Mérimée, il inscrit l’église Saint-Louis à la première liste des Monuments historiques formée en 1840.

Dix huit années à la mairie lui donnent l’occasion d’une œuvre de grand bâtisseur : il fait construire des églises dans les hameaux, à la Crau, à Carqueiranne, à La Londe, qui ne sont encore à cette date que des quartiers de Hyères ; à titre privé, il donne à la ville un théâtre et fait de son propre jardin, selon la mode de l’époque, un jardin de collection où il acclimate des plantes exotiques.


Dessin de Fanny Vignon, Beaux-Arts Toulon

On lui doit l’aménagement de la Place des Palmiers, en balcon sur la ville, synthèse urbaine entre la place  et le cours provencal. Sous son mandat s’édifiera le grand Hôtel des Iles d’Or

Construit en 1850, vraisemblablement par le menuisier-architecte hyérois Victor Trotobas, l’hôtel comportait une centaine de chambres orientées au midi, une salle à manger pour deux cent personnes, un jardin d’hiver, de magnifiques salons, des fresques murales décorées par Vincent Courdouan, qui ont disparu lors des réaménagements en appartements, vers 1950. En 1855-1856, 45 % de la clientèle hôtelière hyèroise y logeait. Balcons et surélévation datent d’après le rachat de l’hôtel par Alexis Godillot.
, comptant plus de 100 chambres, où séjourne Alexandre Dumas et que George Sand« Temps très beau pour le pays. Soleil brûlant et des bouffées de vent trop aigre. Nous  partons tous quatre à onze heures, avec Matheron. On met trois heures pour venir ici au petit trot de son cheval. La route jusqu’à l’embranchement est un peu moins poudreuse que le jour de Sollies Pont, mais elle l’est encore beaucoup. Il n’y a rien de plus maussade - mais la route d’Hyères plus étroite et moins fréquentée est plus acceptable, surtout à mesure qu’on approche de la montagne. Hyères est une assez laide et sotte petite ville, mais adorable dans ses jardins qui sont des nids de fleurs. L’entrée de la ville, par ici, avec le grand hôtel des îles d’Or admirablement posé sur des perrons et des terrasses et tout entouré de palmiers, d’agaves et autres plantes méridionales, est ce qu’il y a de mieux. »
George Sand, Voyage dit du midi
vient admirer en 1861.


(à gauche) La première place créée à Hyères en 1832, dans le quartier des hôtels.
La Promenade de la place des Palmiers est pour Hyères ce que la Promenade des Anglais est pour Nice.
Gravure publiée dans "L'illustration" de 1864
(à droite) Dessin de Fanny Vignon, Beaux-Arts Toulon