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deux cadeaux de mariage autour d’une guerre

Même si la fracture est de taille, - une guerre, « la grande » - peu d’années séparent ces deux histoires fascinantes de «  cadeaux de mariage », que la commune de Hyères condense entre sa colline et ses îles : celle de ce bout de caillou, l’île de Porquerolles, que François Fournier offre à sa femme lors de leurs noces en 1912 et celle de ce terrain sous les ruines du château, que la mère de la vicomtesse de Noailles offre aux jeunes époux en 1924 pour bâtir leur petite villa de vacances.


Vue sur la ville et la mer depuis les terrasses
de la villa Noailles et jardin cubiste de F. Gueurekien
Photo Odile Jacquemin

Depuis l’étude qu’en a fait l’architecte Cécile Briolle dans les années 1980, contribuant à son classement, et surtout depuis le rachat par la municipalité hyéroise, la villa NoaillesLa villa Noailles, Charles de Noailles et  Robert Mallet Stevens
Par les conditions et la nature de la commande, la villa Noailles est paradoxalement une des dernières manifestations architecturales d’une époque révolue. Par son programme et son échelle - 2 500 m2 de planchers -, la villa Noailles se réfère en effet à l’usage de la commande aristocratique d’avant-guerre et s’apparente à la fois aux grandes villas-châteaux du XIXème et aux entreprises de valorisation de sites telles que, sur les îles, les pratiquent le marquis de Retz au Levant, Paul Ricard aux Embiez ou François Fournier à Porquerolles. Oscar Dominguez, qui participa à la décoration, fréquente la villa avec ses amis surréalistes Man Ray et André Breton durant l’hiver 26-27 où Juan Gris est aussi en ville. Cette synthèse des arts qui s’illustre dans les années trente est ici portée par l’artiste et architecte Guevrekian, dont on connaît le jardin cubiste. A ce titre, elle s’inscrit bien évidemment dans le mouvement d’exploration moderne que représente le chantier de la villa, grâce à l’intérêt que Mallet
est devenue sans doute une des œuvres architecturales modernes les mieux connues du grand public. Edifiée en 1926, comme œuvre de jeunesse de l’architecte Mallet Stevens, la villa fût commanditée par Charles de Noailles, une figure appartenant à la grande aristoratie. Son implantation sur la côte donne à l’œuvre une signification nouvelle où ne se lit pas la rupture, mais plutôt la continuité que le programme de la villa moderne ménage avec l’histoire de la villégiature du XIXème siècle.

Château moderne édifié en plusieurs étapes de 1924 à 1933, la villa s'apparente à un « conglomérat de cubes de ciment gris » avec couloirs interminables, terrasses et jardins suspendus. De nombreuses signatures célèbres ont participé à la décoration.

La villa est inscrite en totalité sur l'Inventaire des monuments historiques en 1987, après une inscription partielle en 1975. L'état de restitution choisi pour cette restauration est celui de 1930, date de référence où la villa est réalisée dans sa totalité et non-encore altérée (G Monnier).

Le moment de l’arrivée des FournierUne île en cadeau de mariage
Coloniser une île fait partie, depuis le XVIème siècle et la parution du célèbre roman de Thomas More en 1516, Utopia, du registre de la réalisation du rêve humaniste. Le marquis de Retz a tenté l’aventure à l’île du Levant au XVIIIème siècle ; François Fournier, belge et aventurier de l’industrie, qui a fait fortune dans les mines de l’Amérique du Sud, prend, à partir de 1912, la relève de la Compagnie foncière pour mettre en production «  le domaine ». A la manière d’une hacienda sud américaine, la famille règne en maître avec paternalisme sur 150 ouvriers agricoles, pour la plupart italiens. Comme le fait Schneider au petit Creusot des Bormettes, Fournier propose à ses ouvriers une coopérative et s’attache le service de quatre religieuses pour s’occuper de l’éducation et du loisir des petits îliens.
A coté des 200 hectares de vigne, Fournier introduit la culture d’espèces exotiques, comme le pomélo, les kumquats ; on trouve à la ferme une usine électrique et des tracteurs  plus modernes que sur le continent.
Au « Léon » et à l’ « Angèle », les deux voiliers qui assurent le service de l’île, Fournier ajoute le « Cormoran » à vapeur.
 dans le paysage hyérois donne sans doute sa valeur symbolique à l’homme de Porquerolles, faisant de lui une des dernières figures des bâtisseurs et dont l'épouse, SylvieSylvia, la dame de Porquerolles, aura six enfants, et est une des figures féminines des bâtisseurs du Var. Malgré son caractère de mondaine, de pionnière et de globe- trotteuse, elle règne pendant 53 ans sur Porquerolles, y défend avec acharnement le vignoble ; elle sera de ceux qui créent le syndicat de défense des Côtes de Provence et se verra décerner en 1934 le titre de « première paysanne du Var ». Dans le paysage hyérois donne sans doute sa valeur symbolique à l’homme de Porquerolles, faisant de lui une des dernières figures des bâtisseurs… Fournier s’inscrit donc comme un des grands, riches, mécènes ou bienfaiteurs qui firent la ville : les Riondet, Godillot, Stulz, Voutier, Luynes, Girard, Péchiney ou Schneider. Dans l’histoire de la villégiature aristocratique hyéroise, le vicomte de Noailles lui aussi s’affirme comme un des derniers de cette espèce des bâtisseurs, grand commanditaire que l’après-guerre rendra plus rare. de Porquerolles, deviendra une des des quatre "grandes dames" d'Hyères.

Fournier s’inscrit donc comme un des grands, riches, mécènes ou bienfaiteurs qui firent la ville : les Riondet, Godillot, Stulz, Voutier, Luynes, Girard, Péchiney ou Schneider. Dans l’histoire de la villégiature aristocratique hyéroise, le vicomte de Noailles lui aussi s’affirme comme un des derniers de cette espèce des bâtisseurs, grand commanditaire que l’après-guerre rendra plus rare.


Carte postale, éd. Garodel, cliché Giraud, coll. Dubois