Fernand Pouillon aux Sablettes
Le grand siècle de la villégiature a laissé sur les rivages varois des œuvres monumentales que les transformations ultérieures nous laissent parfois reconnaître difficilement ; les rares vestiges intègres en sont d’autant plus précieux. Lire le paysage de la villégiature procède autant de l’archéologie : les hôtels se reconvertissent après la première guerre mondiale en sanatoriums, puis, après la seconde, sont vendus en appartements privés.
Les bombardements alliés du printemps et de l’été 44 ont été l’une des causes les plus importantes du renouvellement du paysage balnéaire : la reconstruction dans les années 1950 s’attache d’abord aux zones prioritaires, les plus touchées, le bord de mer.
C’est dans le contexte de la reconstruction de la presqu’île de Saint-Mandrier que l’ancienne station des Sablettes, dont les bains, les hôtels et le casino ont été anéantis, fait l’objet d’un projet de village nouveau, d’abord confié à Emile Molinié puis à Fernand Pouillon, alors en charge de la reconstruction du Vieux-Port de Marseille.

Pour la première fois, s’appuyant sur les références d’un village traditionnel, Fernand Pouillon traite un programme urbain complexe, fait de maisons de pêcheurs, de cabanons, de boutiques d’hôtels, en concertation avec les sinistrés relogés dans une architecture de pierre massive, au vocabulaire résolument méditerranéen : claustras, patios, passages couverts en galeries voûtées, toits de tuiles et génoises, terrasses et patios, promenades, fontaines.
Innovant aussi dans sa recherche de l’économie avant tout, - fourniture gratuite de la pierre récupérée sur le chantier du Vieux-Port - l’architecte maîtrisera les délais du chantier, qui ne durera que neuf mois, afin de reloger rapidement, en cette période de crise du logement, ses chers sinistrés.
Contemporain de la cité Radieuse de Marseille, que Le Corbusier inaugure en 1952, le village des Sablettes a des allures néo provençales qui immanquablement renvoient à la célèbre marina de Port-Grimaud de l’architecte Spoerry. Pourtant, en terme d’adaptation au site, de synthèse entre les savoir-faire traditionnels et les innovations techniques, l’opération invente un genre nouveau de la station balnéaire d’après guerre dont les leçons d’architecture rejoignent celles du village du Merlier que l’Atelier de Montrouge réalise en 1958 au Cap Camarat et celles des architectes Aubert-Lefevre au Gaou Bénat, à Bormes les Mimosas. Elles invitent architectes et public à prolonger l’expérience contemporaine d’une architecture moderne, inventive et de qualité, qui constituera les futurs paysages historiques des promeneurs du XXIème siècle.
Depuis 1999, la conception d’un grand jardin, le Parc Fernand Braudel, confié au paysagiste niçois Alian Faragou, est venu prolonger le regain d’intérêt manifesté aujourd’hui pour cette nouvelle station des Sablettes.
