San Salvadour, du grand hôtel à l’établissement de santé
L’affectation de ce site incomparable à l’accueil de centaines d’enfants polyhandicapés, physiques et mentaux est une exception qui illustre magnifiquement le volet social contenu dans le trépied du «développement durable».
Situé sur le Mont des Oiseaux, le domaine trouve son origine dans le démembrement de la propriété de Saint Pierre des Horts , mise en valeur par l’émigré Louis Arène, qui l’achète en 1815 à l’aide d’une fortune faite à Naples aux héritiers de la marquise de Montclar (château d’Apt).
L’industriel belge Auguste Parent, proche de la famille impériale, s’y fait bâtir un château en 1869; on dit que en 1869, l’impératrice Eugénie et Prosper Mérimée vinrent visiter le site. Eric Hild précise dans la notice qu’il consacre au château de San Salvadour en 1977 que nulle trace d’acte notarié n’atteste que le château aurait été construit pour l’impératrice, même si cette visite donna naissance à l’œuvre romanesque inspirée de cette visite impériale où la sorcière de San SalvadourFortuné Andrieu, la sorcière de San Salvadour, libr. De la revue française, Paris 1929., est la farouche gardienne de la virginité naturelle du site contre toute implantation humaine.
La guerre et la chute de l’Empire arrêtèrent les travaux, qui reprennent difficilement de 1872 à 1878. Finalement, ruiné, Parent revend en 1879 le château encore en chantier à Edmond Magnier pour 150 000 F. Le journaliste parisien, directeur du journal L’Evénement, riche investisseur, homme entreprenant aux ambitions politiques avouées (il en sera maire de la ville en 1887, député du Var et par deux fois président du Conseil général), souhaite y établir sa résidence secondaire. Il termine difficilement le chantier, dans le respect du plan d’origine, mais en se ruinant à son tour. Le programme est ambitieux, d’une échelle encore jamais atteinte.

Ruiné à son tour, Magnier laisse la place au Crédit Foncier qui revend en 1902 le domaine et son château en construction à sœur CandideCette dernière fait construire un hôtel de grand luxe contre le château, un sanatorium en bordure de mer, et met en exploitation la source d’eau lithinée. Sœur Candide fait créer, au centre, une chapelle circulaire. Elle fit déclarer le domaine d’utilité publique mais fut poursuivie et condamnée en 1909 à un an de prison à la suite d’opérations financières catastrophiques. La propriété et les nouveaux bâtiments furent vendus à nouveau. .
L’hôtel fonctionna jusqu’en 1918, date à laquelle il fut occupé par la Croix Rouge américaine. En 1922, la ville de Paris se rend acquéreur de San Salvadour et en confie la gestion à l’Assistance publique pour y créer un hôpital d’enfants. L’ameublement intérieur, des éléments de décor et le mobilier du restaurant du château sont alors vendus, le produit servant à financer en partie les nouveaux aménagements de l’hôpital.

L'hôtel de San Salvadour, de l'architecte Paul Page, à côté du château initial attribué à Ernest Paugoy ;
(Environ 1900, carte postale publiée dans Scènes de la vie hyéroise de Vincent Borel).
