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L'hôpital maritime Renée Sabran

Parallèllement à cette reconversion des hôtels  en centres de soins, la création de l’hôpital maritime des Hospices de Lyon illustre l’émergence de nouveaux programmes directement liés aux avancées médicales reconnaissant le bienfait des cures héliomarines.

En 1882, Herman Sabran, administrateur des Hospices de Lyon, et propriétaire du Château de Brégançon, Conseiller général à Bormes, fait sien ce projet, à la mémoire de son filleIl convient de resituer l’implantation de l’établissement dans le contexte national et international du développement des hôpitaux marins pour enfants. Le premier est établi sur les côtes de Toscane. En 1892, on en compte vingt-cinq en Italie et dix-sept en France. Ensuite, l’heure est aux structures d’accueil collectif spécialisé. On a déjà évoqué la proposition faite par le directeur du Figaro au propriétaire de l’hôtel des Iles d’Or d’y établir une « résidence pour écrivains fatigués »… Le guide des stations balnéaires d’Elysée Reclus opérait déjà en 1864, une classification distinguant les hôtels des maisons de santé, telles que celle tenue par les sœurs de l’Espérance (future clinique de l’Espérance, alors avenue des Iles d’Or, sur la place des palmiers). En 1888, les congrégations religieuses développent des œuvres sociales, essentiellement dans le secteur de l’éducation, et les colonies agricoles de la Navarre et du Levant sont autant d’expériences d’accueil collectif spécialisé qui essaiment sur le territoire de la commune. unique, Renée, morte de maladie à l’âge de neuf ans. Il se met en quête d’un terrain mieux desservi que ses terres de BrégançonH. Sabran pensait au départ affecter à la création de l’hôpital une partie de sa propriété de Brégançon, mais l’éloignement d’Hyères et surtout l’absence d’eau douce l’en détournèrent. Par ailleurs, Giens, grâce à l’implantation de la marine, possédait un poste télégraphique, une voie ferrée et un service de voitures publiques deux fois par jour. De plus, la présence à Hyères du célèbre docteur Vidal, spécialiste de la thalassothérapie permettait de lui confier la direction du futur hôpital., trouve à la presqu’île de Giens. (C’est le docteur Vidal, médecin hyérois, personnalité scientifique et publique marquante de l’époque qui définit le suivi médical et l’organisation de la cure proposée par l’hôpital.) La cure dure en général plusieurs mois et propose l’exposition au soleil et les bains de mer. Une piscine permettra à l’établissement de fonctionner été comme hiver. En 1888, la cureLa méthode de traitement du docteur Vidal illustrée dans ses nombreuses publications se résumait ainsi : «Des bains de mer chauds ou froids selon la saison, l’entretien des parquets et même des murailles avec de l’eau de mer, le séjour le plus prolongé possible au milieu de la buée marine les jours de vent, la pulvérisation artificielle d’eau de mer les jours de calme et avec cela le grand air et la chaude lumière du soleil de Provence…» de soleil introduite par le docteur Vidal spécialise une fonction médicale qui génère l’implantation d’équipements appropriés.

Jusqu’alors, l’accueil, localisé en ville, se faisait dans les hôtels et les meublés, la cure avait pour objet le bon air de l’hiver. L’établissement d’un hôpital marin pour des cures héliothérapiques est, dans l'histoire de la villégiature donc une triple rupture. Il oppose l’hôpital à l’hôtel, le bord de mer à la ville et le soleilL’inversion de valeur du soleil qui, de nocif devient bienfaiteur, et le bienfait des bains de mer appartiennent pour partie à ce vaste retournement culturel qui change l’image du rivage et qui se mesure sur l’histoire longue. La publication entre 1882 et 1888 des nouvelles de Maupassant, Soleil, Eau, Errance, est un des indicateurs de cette profonde mutation sociale et culturelle dans le rapport de l’homme avec son milieu. On note une fois de plus l’apport des expériences issues des milieux aristocratiques aux progrès sanitaires et sociaux. Il convient néanmoins de ne pas sous estimer le rôle joué par les militaires dans la diffusion de cette vision nouvelle des bienfaits du plein air et de l’air marin. Le premier sanatorium à Hyères fut bien l’hôpital de campagne installé sur les îles en 1743, par le colonel anglais Mathiews, dédié au repos de ses soldats en période de paix. au bon air.

Il introduit la figure du sanatorium dans le paysage urbain hyérois. Plusieurs projets de sanatoriums voient le jour à cette même époque : la maison des enfants de Villeurbanne, le sanatorium d’Alix Fagnez, propriétaire hivernant au quartier de la Bayorre, celui de sœur Candide à San Salvadour, l’établissement de Péchiney, « Valmer », à La Plage… Contrairement à ces établissements qui s’installent dans des bâtiments déjà existants, l’hôpital Renée Sabran affiche une autre ambition et le projet appartient à cette période où la commande d’une construction neuveUn legs important permit de construire un quatrième pavillon : un pavillon d’isolement «à 80 m en arrière des pavillons du bord de mer, dont il était séparé par une solide barrière». se substitue à la réappropriation d’un édifice existant. D’ailleurs, en attendant la fin du chantier, les premiers enfants malades, arrivés de LyonL’admission pour les cent cinquante lits se faisait sur certificat médical mais était décidée par les administrateurs de la Charité. En 1909, un conflit surgit entre les médecins lyonnais qui souhaitent pouvoir envoyer les malades en soins post-opératoires qui ne trouvent pas d’hôpital équipé pour les recevoir, et le docteur Vidal qui apparaît peu enclin à changer ses habitudes et à supporter l’ingérence de ses confrères. C’est seulement lorsque le docteur Jaubert succède au docteur Vidal, que les chirurgiens de la Charité obtiennent soixante-quatre lits pour leurs opérés. Ils sont installés aux rez-de-chaussée des trois pavillons où l’on construit des rampes d’accès pour les voitures des malades couchés. en trainLes premiers enfants arrivèrent par convoi spécial en 1892. Un wagon avait été construit exprès, «long de 11,33 m, et divisé en trois compartiments avec au centre le personnel et aux extrémités les couchettes des enfants transportés» ; le plan tripartite de l’architecture hospitalière se reproduit jusque dans le programme atypique du wagon-ambulance., sont accueillis la première année au village de GiensDès 1885, deux immeubles sont loués dans le village et aménagés en dortoirs où arrivent en 1887, vingt deux fillettes accompagnées de six sœurs de la Charité. La compagnie du PLM s’associe à l’effort patriotique devant les « résultats », pour accorder le demi-tarif sur les incessants allers-retours qui s’organisent entre Lyon et Hyères. Dès 1892, une classe en plein air est organisée sous les pins l’après midi.. Construit dans la même décennie que l’école Anatole France, le lycée agricole ou l’abattoir du Palyvestre, le projet adopte le même principe d’une architecture pavillonnaire.


Le wagon hôpital qui relie Lyon à Hyères et la baignade thérapeutique en mer.
plaquette du centennaire, doct Thèse de doctorat Odile Jacquemin

Succédant au docteur Vidal, qui a accompli les dix huit années de service réglementaire, le docteur JaubertLe docteur Jaubert devient maire de la ville après la guerre et poursuit une politique libérale. C’est à lui qu’Hyères doit sa spécialisation sanitaire et son statut de station hydrominérale. procède aux premiers essais d’héliothérapie et l’on construit des vérandas vitrées devant les façades sud des pavillons pour continuer la cure pendant l’hiver. Ce serait donc un raccourci bien schématique de penser que la ville d’hiver s’est métamorphosée en station balnéaire estivale au moment des congés payés de 1936. Un demi-siècle plus tôt, alors que les hôtels descendent progressivement de la ville vers les plages, l’hôpital de bord de mer est déjà un lieu de séjour estival, comme l’atteste le premier convoi de juin 1887 c’est dans ce va-et-vient sur un demi-siècle, entre l’accueil sanitaire estival et l’accueil hôtelier climatique, que se produit l’inversion.

Notons que La grande guerre  en sera une étape décisive et les expérimentations des années trente  en écriront un nouveau chapitre.

En attendant, pendant la guerre de 1914-1918, comme toutes les grandes structures d’accueil hyéroises, l’hôpital est réquisitionné par le ministère de la Guerre. Les enfants sont renvoyés dans leurs foyers à Lyon, et en 1915, la Marine ouvre à Giens son hôpital complémentaire N° 5, selon un traité passé avec les Hospices civils de Lyon.