Héliopolis, une cité nature à l’île du Levant
Dans le mouvement de balancier des îles vers la ville, puis de nouveau vers les îles, naît sur l’île du Levant, une utopie au nom évocateur, Héliopolis. L’île est alors inhabitée depuis la fermeture d’une colonie pénitentiaire pour enfants qui avait fait sa triste renommée de 1861 à 1878. Les docteurs André et Gaston Durville y fondent en 1931 une colonie « naturiste ». Ce sont les fils de l’hygiéniste Hector Durville ; ils prônent au début du siècle le retour à la nature comme salut de l’homme de la dégénérescence.
Perpétuant la tradition aristocratique de s’acheter une île comme territoire de chasse ou un bout de caillou à transformer en jardin d’Eden, dans la lignée du Marquis de Retz, de François Fournier à Porquerolles ou Paul Ricard aux Embiez, les frères Durville investissent pour un paradis populaire : Héliopolis fait partie des toutes premières expériences au monde de lieux de vie communautaires naturistes. Trois hôtels, quelques commerces et une église construite en 1952 donnent au lotissement un caractère urbain dont le fonctionnement tient à la fois du quartier et du centre de vacances.
Héliopolis s’inscrit dans la double filiation des grands lotissements résidentiels qui urbanisent le de bord de mer, comme au Mont des oiseaux, et des centres de vacances populaires qui naissent sur les plages de la Capte. Le projet originel d’Héliopolis comporte un aspect méconnu qui souligne sa filiation directe aux colonies agricoles du XIXème siècle. Le règlement de la société définit expressément la remise en valeur agricole des anciennes terres du pénitencier comme prioritaire. Cette dimension d’établissement agricole collectif a perdu peu à peu de son importance sous la médiatisation du caractère de « village de nudistes ». La pression immobilière et l’évolution des pratiques du loisir ont eu raison de l’utopie sociale contenue dans le projet initial. Les promoteurs de l’Héliopolis du Levant sont des médecins et ce sont eux qui possèdent en 1930 les clefs du développement hyérois : « La santé due au bon air, au soleil et à la mer » est désormais le nouveau gisement que la diversification industrielle de l’exploitation des ressources environnementale partagera entre les secteurs de la santé et du tourisme.

Héliopolis apparaît aujourd’hui comme une enclave étonnante dans une île qui appartient à 80% à l'armée et sert de centre d'essai pour les lancements de missiles pour le compte de la DGA (Délégation générale pour l’Armement). L'île possède un phare, du nom donné alors à l’île, phare du Titan et une petite plage (Plage des Grottes). Il existe aussi une réserve naturelle, le Domaine des Arbousiers.