De la cure de bon air aux sports de plein air
La Pinède, situé à La Badine, après La Capte sur la route de Giens, ouvre l’histoire des colonies de vacances et des campings de bord de mer, bien avant les congés payés de 36.

Son histoire commence dans celle de la France de la grande guerre. C’est la guerre qui fit de La Pinède un coin heureux de « l’Alsace sous le ciel de Provence ». Pierre Bucher, le fondateur, écrit à un ami en 1915 : « Mon devoir est tout tracé, préparer l’Alsace à redevenir française ; à nos enfants, ensuite, de jouir du bonheur d’être français ». Le programme de Bucher est simple : « Enseigner l’Alsace à la France et la France à l’Alsace ».

En octobre 1930, six cents enfants lauréats du certificat d’étude des trois départements d’Alsace et de Lorraine se voient récompensés par un voyage sur la côte méditerranéenne qu’ils découvriront de Marseille à Monaco, sous la direction du commissaire des Scouts de France
La base administrative du séjour est Hyères et Toulon : la Marine accueille les garçons à Toulon alors que les filles sont logées à l’Assomption à Hyères. Le maire, le docteur Jaubert, prend l’initiative d’offrir pour quatre-vingt-dix-neuf ans, une très belle parcelle de 4,5 ha du domaine communal située en bord de plage, contre l’engagement de faire construire des bâtiments modernes pour des colonies permanentes d’enfants alsaciens et lorrains et de 10% de hyérois. « La Pinède de la plage d’Hyères, centre de vacances, de séjour et de repos de la jeunesse d’Alsace et de Lorraine » voit le jour.
La Pinède accueillera pendant soixante ans, 300 à 500 enfants pendant les vacances d’été et l’hiver, et 50 à 100 enfants de la DASS « en mal de plein air ». La filiation avec les colonies d’enfantsDepuis la mise au point d’un programme où convergent l’intérêt d’une mise en valeur du sol et celui d’une mise en valeur des sujets « les enfants », comme à la colonie de Porquerolles, les mentalités ont changé et le contexte politique aussi. Les rapports s’inversent : les colonies de Porquerolles sont fermées, après enquête sanitaire. Il ne s’agit plus d’utiliser l’enfant comme main d’œuvre pour une colonisation agricole. L’œuvre sanitaire et éducative a pris le pas sur la mise en valeur agricole, mais il s’agit toujours d’améliorer le rendement d’une terre sous-exploitée. La Capte était un pâturage communal peu productif. Comme au Levant et à Porquerolles, l’éducation de la jeunesse est un projet, même si les modalités et le public concerné ne sont pas les mêmes. La même année, d’ailleurs, l’île du Levant voit sa deuxième expérience de colonisation collective en moins d’un siècle, avec la création d’Héliopolis. Le docteur Jaubert, maire depuis 1928, développe une politique sociale d’accueil, tournée résolument vers l’héliotropisme et le loisir naissant des vacances de soleil, de sport et de bord de mer. des îles du Levant et de Porquerolles est évidente. Le comité du centre appelle d’ailleurs les habitants de cette collectivité les colons. A la différence des expériences de colonies du siècle précédent, de caractère pénitentiaire, la vie collective de La Pinède est orientée vers le loisir, s’amuser, même si les règles sont là. L’amusement et « l’enchantement moral » comme les appelle le narrateur de la chronique consacrée à l’histoire de l’institution, ne font pas oublier l’importance de la « cure de santéC’est une réserve de santé pour toute l’année scolaire que l’on veut donner aux colons, procurée par les bienfaits conjugués du soleil et de la mer ».

La colonie de La Pinède, première organisation collective des sports de mer, anticipe autant la base nautique d’Hyères que le Parc national de Port-Cros. Elle contribue à inscrire le développement du tourisme de plein airCette expérience est à mettre en relation avec celle de la colonie hébertiste du château des Bormettes à La Londe. Le programme architectural est complexe ; l’équipement doit servir à accueillir toute l’année 130 enfants pour des cures héliomarines et l’été jusqu’à 500 enfants. Ils seront donc logés en partie sous des tentes : apparaît ici la première figure de paysage de camping de bord de mer, anticipant sur l’ouverture du camping municipal de La Capte après 1936 et sur l’hôtellerie de plein air, qui deviendra une des spécialités du littoral de la presqu’île. Le budget prévisionnel est de 1 200 000 F et le projet est confié à l’architecte strasbourgeois Scheppler. dans la filiation à l’accueil sanitaire et à l’objectif d’éducation populaire ; […] En alternative à l’initiative libérale des promoteurs privés, la municipalité Jaubert engage, avec La Pinède, une alternative sociale et une action de solidarité nationale, qui donneront à La Capte, sa vocation de secteur littoral voué au tourisme populaire. […]