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Sur les traces du jardin botanique de la marine

Aujourd’hui disparu, le jardin botanique de la Marine a connu une histoire riche en rebondissements. Edifié à Toulon en 1786 dans le but d’approvisionner l’école de médecine navale, il fut détruit et transféré à Saint-Mandrier à la moitié du XIXe siècle pour cause d’utilité publique… Pour finalement être réinstallé à Toulon 50 ans plus tard !

A sa création, le jardin botanique de la Marine fut implanté sur une parcelle louée à la municipalité, près de l’hospice de la Charité, à Toulon. Il était alors destiné à approvisionner l’école pour ses études et expérimentations. Le jardin prit rapidement de l’importance grâce aux soins prodigués par M. Robert« M. Robert, pharmacien de la marine, sous la direction des divers conseils de santé, était parvenu, par des soins intelligents et continus, à réunir et à acclimater une foule de végétaux précieux, à les classer méthodiquement pour les besoins de l’étude et de l’enseignement de la botanique. »
Propos de Letuaire, recueillis dans « L’Illustration », ouvrage de chroniques toulonnaises qui s’étalent entre les années 1844 et 1869. Société des Amis du Vieux Toulon et de sa Région.
, un homme attentif et bien conseillé. La beauté du jardin était aussi due à un apport régulier en graines et en boutures, ramenées des pays chauds par les officiers. Les espèces qui croissent aujourd’hui librement dans notre région et au-delà sont, pour certaines, originaires de ce centre d’acclimatation« Les nombreux végétaux exotiques qu’il possédait avaient rempli toutes les prévisions de la science, et se développaient librement sous notre ciel hospitalier ; leurs graines étaient expédiées dans une foule d’établissements de ce genre, et propagées dans toute l’Europe. »
Propos de Letuaire, recueillis dans « L’Illustration », ouvrage de chroniques toulonnaises qui s’étalent entre les années 1844 et 1869. Société des Amis du Vieux Toulon et de sa Région.
 que constituait le jardin.

La volonté de se doter d’un nouvel hôpital à l’emplacement du jardin conduisit la municipalité à ordonner sa destruction. Il fut sauvé in extremis, suite à la mobilisationLe dilemme entre l’intérêt général et l’intérêt scientifique qui se posa alors n’est en rien différent de ceux que nous connaissons aujourd’hui et Letuaire résuma fort bien l’absence de compromis qui en découla : « Nous n’avons pas à rechercher quels sont, dans cette affaire, les tords de l’administration municipale, et quels sont ceux de la marine. Aujourd’hui que tout est consommé à quoi aboutirait une critique rétrospective ? Ce que nous savons, c’est que les hommes de science ont énergiquement protesté ; mais pour concilier deux intérêts également respectables, celui de la science et celui de l’humanité, il aurait fallu l’entente des deux administrations. La marine a perdu un établissement important, et la ville si pauvre sous ce rapport, un lieu de promenade ouvert à sa population. »
Propos de Letuaire, recueillis dans « L’Illustration », ouvrage de chroniques toulonnaises qui s’étalent entre les années 1844 et 1869. Société des Amis du Vieux Toulon et de sa Région.
 de quelques scientifiques et les plantes furent installées sur une parcelle appartenant cette fois-ci à la Marine.

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La chapelle de l'hôpital militaire de Saint-Mandrier
Gravure de Letuaire publiée dans L'Illustration, 1848

C’est avec succès que le jardin fut transplantéLa transplantation du jardin botanique sur la presqu’île de Saint-Mandrier : une prouesse technique à la rescousse des plantes.



L’ouvrage contemporain de Gisèle Argensse (1989), passionnée de l’histoire de la presqu’île, nous éclaire davantage sur la technique employée. Il faut imaginer que pour chaque arbre, une motte de terre, d’un rayon plus grand que les racines, était conservée et retenue au moyen de paillassons et de cordes. L’arbre était ensuite enlevé au moyen de diables et placé sur un chaland, chargé de le conduire à Saint-Mandrier. Etrange chargement !
, durant l’hiver 1849, à proximité de l’hôpital maritime de Saint-Mandrier. Dans sa contribution sur Saint-Mandrier (1881), Louis Jean-Baptiste Bérenger-Féraud, médecin en chef de la Marine, évoque l’ingéniosité de cette opération hors du commun : « On voit dans ce jardin des palmiers de belle venue qui ont donné beaucoup de peine à ceux qui les transplantèrent de Toulon à leur nouveau domicile. […] M. l’ingénieur Raoulx fit là un travail aussi difficile que nouveau et, bien avant qu’on ait songé à Paris à transporter les grands arbres des avenues avec leurs racines, il avait parfaitement réussi à Toulon avec des moyens d’action restreints et imparfaits. »

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Un des beaux spéens d'arbres i
plantés à Saint-Mandrier
Gravure de Letuaire publiée
dans L'Illustration, 1848

A l’aube du XXe siècle, Emile Sauvaigo évoque le dernier déménagement du jardin botanique de la Marine dans son « Enumération des plantes cultivées dans les jardins de Provence et de la Ligurie » (1899). Le retour vers Toulon s’effectue au cours des années 1881-1885 et le jardin est installé à la porte de France, près du jardin public de l’époque. Quelques beaux exemplaires d’arbres ont persisté à Saint-Mandrier, servant probablement de repère aux marins égarés, comme ce fut le cas, à quelques encablures de là, du célèbre pin des Sablettes« Dans un abaissement des Sablettes d’élevait un pin monstrueux, cité depuis des siècles comme point de reconnaissance pour les navigateurs. Seul survivant à tous le arbres dont il avait été le compagnon, sa tête immense, après avoir bravée tant d’hivers et tant d’ouragans, après avoir vu tant d’événements et se succéder tant de flottes, tant d’escadres sous tant de règnes, a dû s’abaisser enfin, renversée en 1825 par un dernier coup de vent auquel sa caducité n’a put résister. » Extrait du Cicérone toulonnais, Guide du voyageur, par M. J.-D. Henri, 1840. Fonds patrimoniaux de la bibliothèque municipale de Marseille (Alcazar)..

Ainsi s’achève l’histoire tumultueuse de ce jardin, longue de plus de cent ans. Bien qu’il soit aujourd’hui disparu, sa mémoire se perpétue à travers sa nombreuse « descendance végétale » qui s’est enracinée et acclimatée à travers toute notre région.