Le rêve oriental des jardins de Tamaris
De la presqu’île de Saint-Mandrier à Tamaris, situé sur la commune de La Seyne-sur-Mer, il n’y a qu’un pas. Cette corniche, achetée et aménagée de toute pièce par Blaise Jean Marius Michel (1819-1907), dit Michel Pacha, a été dotée de villas somptueuses aux pieds desquelles s’étalaient de riches jardins, qui persistent ça et là de nos jours.
Après avoir fait fortune dans l’empire ottoman en tant que directeur général des phares et balises, Michel PachaNatif de Sanary, il sera le bienfaiteur de cette commune et se fera élire maire en septembre 1865. Il entamera alors de nombreux travaux afin d’améliorer le confort de ses concitoyens et usera de toute son audience auprès du préfet et du ministre de la Marine pour défendre la cause des pêcheurs de Sanary dans l’attribution des zones de pêche. revient du Bosphore vers le pays où il a passé son enfance. Aux environs de 1865, l’homme se prend d’amour pour la corniche TamarisC’est sur la corniche Tamaris, un espace encore vierge, que la dimension créatrice de Michel Pacha s’exprimera pleinement. Après avoir bâti son château en ces lieux, l’homme, millionnaire depuis 1879 et officier de la Légion d’honneur l’année suivante, ne s’arrête pas en si bon chemin. Il achète tout le versant sud de la colline, de Balaguier aux Sablettes et fait édifier une multitude de villas d’inspiration orientale aux noms bucoliques : les Palmiers, les Acacias, les Prés, les Chênes, la villa Médicis, les Violettes ou encore les Tamaris, villa qui abrite de nos jours le service des Affaires Culturelles de la Seyne-sur-Mer et accueille des expositions tout au long de l’année.. Selon Georges Ortolan, biographe de Michel Pacha, ce choix du site pourrait être dû à la ressemblance entre la baie du Lazaret, vue de la Tour Royale, et l’entrée du Bosphore, vue de Pera, où il avait vécu à Constantinople. Toujours est-il que c’est en ces lieux qu’il décide de bâtir « une réplique nostalgique de son Orient intérieur », comme l’écrit élégamment Erik Bullot dans son « Jardins-Rébus ».

En 1873 il achète des terrains au Manteau et entame la construction de son château, aujourd’hui disparu. Cet ouvrage néo-mauresque s’accompagne d’un jardin composé de la flore du Bosphore, peuplé de sa faune, à l’instar d’un couple de lions, toujours visibles, qui gardent l’entrée de cette formidable oasis. Au fur et à mesure des aménagements successifs, une station balnéaireLa station balnéaire dispose de ses hôtels, son église, son bureau de poste, sa voirie, ses commerces… Aux pieds de ces 80 ha de ville nouvelle, Michel Pacha fait construire la route littorale, à l’emplacement de celle qui existe de nos jours, reliant ainsi les Sablettes à Balaguier. De belles avenues fleuries font alors la joie des promeneurs, riverains ou villégiatures, comme en témoignent les écrits de Charles Poncy, un des illustres écrivain de Tamaris : « Monter à Tamaris c’était toujours une fatigante corvée, soit qu’on y vint de La Seyne par l’abominable chemin de l’abattoir où l’on pataugeait jusqu’aux chevilles, soit qu’on y vint des Sablettes en longeant les sentiers marécageux du rivage. Comme tout est changé, bon dieu, depuis lors ; un beau chemin carrossable qui domine le flot, relie maintenant Les Sablettes à Tamaris. » au grand complet est créée. Son charme est indissociable de ses jardins. La végétation luxuriante et parfumée, symbolisée notamment par l’oranger, transporte le voyageur « sous le beau ciel des tropiques », comme l’écrivit B. Chabaud en 1915.

Le jardin balnéaire trouve ses inspirations dans plusieurs courants comme l’orientalisme mais aussi le rustique, faisant le lien avec la campagne environnante. Chaque villa dispose alors de son jardin qui devient un lieu d’expérimentation, avec des résultats plus ou moins concluants. La station est aussi dotée d’un jardin public situé sur la propriété de Michel Pacha. Ce parc fût aménagé selon le modèle des jardins Napoléon III, issu des réalisations de Barillet-Deschamps, jardinier en chef de la ville de Paris, pour l’occasion de l’exposition universelle de 1867.
L’ensemble des spectaculaires travaux réalisés à Tamaris conduit finalement à la création d’une vue qui n’est autre que la réplique fidèle, bien qu’artificielle, d’un paysage théâtral tout entier : celui du détroit du Bosphore, du panorama des Dardanelles, et de sa cité, Constantinople, qui était si cher au Pacha.
Bien que le parc du château de Michel Pacha ait été détruit, il est possible d’imaginer la composition des jardins de Tamaris à partir des quelques vestiges de son glorieux passé : les lions de pierre qui surmontent toujours fidèlement les colonnes du portail d’entrée, la barque de stuc, le moulin, le belvédère ou encore la palmeraie.