Deux jardins publics toulonnais content l’histoire de l’acclimatation
Malgré l’extension qu’elle a connue, Toulon a su conserver l’espace nécessaire à l’épanouissement de ses jardins. Ils se répartissent aujourd’hui aux quatre coins de la ville, certains trouvant leurs origines à l’époque médiévale. Leur composition floristique nous rappelle immanquablement ce que fut une des priorités des botanistes à l’aube du XXe : l’acclimatation des espèces exotiques

Au XVe siècle, Toulon pesait son poids en matière d’horticulture en fournissant les tables de Versailles en fleurs et en fruits. Cette production provenait du « Jardin du Roy », jardin qui fut ensuite racheté par l’hospice de la Charité, en 1694. Une de ses parcelles fut louée à la Marine, qui y créa son jardin botanique (voir première escale : sur les traces du jardin botanique de la Marine). Au XIXe siècle, le jardin de l’hospice offrait un agréable lieu de promenade, comme l’écrivit Flaubert en 1845 : « Si je demeurais à Toulon, j’irais aussi tous les jours au jardin botanique. »

Il présentait également un intérêt au plan botanique,
en tant que lieu d’acclimatationL’acclimatation des espèces exotiques,
une passion d’hier un fléau d’aujourd’hui…
A
l’aube du XXe siècle, l’acclimatation, définie à l’époque
comme « la culture des plantes dans des pays nouveaux pour elle »,
suscite un intérêt majeur en Provence. Au plan esthétique
le résultat est probant, comme le relatent les propos de la Société du
Var : « L’effet ornemental des ces grands végétaux
est vraiment magnifique et fait comprendre tout l’effet qu’on peut
tirer de ces feuillages élégants ou singuliers sans analogues
avec nos végétaux ordinaires dans le climat de l’oranger
[…]. »
Mais les conséquences de ces introductions d’espèces sont
moins réjouissantes au plan écologique. Aujourd’hui, la France
compte environ 400 espèces exotiques naturalisées, c'est-à-dire
capables de se reproduire seules et de façon durable. Certaines présentent
un risque pour les écosystèmes locaux, en les pénétrant
et les modifiant gravement. C’est le cas du mimosa d’hiver, originaire
d’Australie et de Tasmanie, qui fut cultivé en 1841 au Jardin des
Plantes de Montpellier puis observé dans le massif de l’Estérel
en 1875. Cet arbre, apprécié pour ses qualités environnementales
et à l’origine de festivités dans l’est varois, se
révèle en réalité être une véritable
peste pour son environnement. d’espèces exotiques.
En 1852, la municipalité décida d’en reprendre possession
afin de l’agrandir et de répondre ainsi aux attentes d’une
population toujours plus nombreuse. Le « jardin de la ville » devint
alors un équipement public à part entière, avec l’aménagement
de larges allées et d’un café.
Toutefois, certains spécimens d’arbres, qui avaient fait la renommée du jardin lors de son passé botanique, furent conservés, comme l’immense cyprès de Louisiane, planté en 1797, qu’il est toujours possible de contempler dans la cour de l’hôpital Chalucet.
De nos jours, le jardin Alexandre Ier, ainsi nommé en hommage au roi de Yougoslavie qui visita Toulon au début du XXe siècle, constitue un véritable joyau de 16 000 m2 situé en plein cœur de la ville. Son histoire et l’évolution de sa configuration sont intimement liées aux habitants de la ville, qui bénéficient d’un espace privilégié de promenade et de loisirs.

Mais la ville recèle bien d’autres « trésors verts », et l’un d’entre eux témoigne encore aujourd’hui des préoccupations botaniques qui existaient à la Belle Epoque. Il s’agit de l’actuel jardin public Frédéric Mistral, situé au Mourillon, qui fut installé en 1887 par la municipalité sous les glacis du Fort Lamalgue, faisant face à la rade des Vignettes. En 1898, la gestion de ce jardin fut confiée à la Société d’Agriculture, d’Horticulture et d’Acclimatation du VarA l’époque, la botanique ne se limitait pas aux expériences de quelques scientifiques soucieux d’étendre leurs connaissances sur les capacités de telles et telles espèces à se naturaliser. En effet, les progrès de l’agriculture, en tant que première activité économique de la région, suscitaient un grand intérêt et réunissaient les spécialistes, les agriculteurs mais aussi de nombreux badauds, friands des expositions et des concours qui animaient ces manifestations. Le rapport de l’exposition organisée en 1869 dans le Lycée de la ville par la Société d’Agriculture, d’Horticulture et d’Acclimatation du Var, nous éclaire sur la place grandissante accordée au maraîchage et à l’horticulture : « Si la vigne joue un rôle capital dans notre richesse agricole, n’est-il pas vrai que partout où le cultivateur peu disposer d’un peu d’eau pendant la saison chaude, il tend à se livrer aux cultures arbustives et maraîchères, il recherche la production des primeurs et des fruits savoureux, il aborde même la grande culture des fleurs à essences et à parfums ? ». La société est chargée d’acclimater les espèces exotiques et le site prend alors la dénomination explicite de « jardin d’acclimatation ». La situation exceptionnelle du jardin, à l’abri du vent avec un bon ensoleillement, justifie la fonction qui lui est attribuée.

Aujourd’hui lieux de quiétude et de loisirs, ces deux jardins publics étaient autrefois le siège de bien des expériences et les espèces qui les composaient y étaient exposées, comme des « bêtes de foires », aux yeux extasiés du public toulonnais.