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Ce petit saut dans l’histoire des jardins méditerranéens vous permettra de mesurer davantage l’importance de ces joyaux végétaux dont nous héritons aujourd’hui et d’avoir quelques points de repères historiques.
Plus que toute autre région du monde, le bassin méditerranéen a été peuplé de civilisations qui pratiquent l’art des jardins. La Provence et la Côte d’Azur ont occupé des places de choix dans cette interaction entre l’homme et la nature.
Au début de l’Antiquité, les Ligures, peuple de petits hommes trapus, vigoureux et batailleurs, occupent la région aux côtés des Celtes. A cette époque, la nature est hostile, tant à l’homme qu’à ses cultures vivrières, si l’on en croit les dires d’un historien grec du nom de Posidonios d’Apamée (135 - 50) qui évoque les Ligures en ces termes : « Leur pays est sauvage et aride, le sol est si pierreux qu'on ne peut rien planter sans se heurter au rocher. Le travail pénible et les privations rendent la vie des Ligures difficile et leur font le corps maigre et sec. Les femmes doivent trimer comme les hommes... Les hommes compensent leur manque de blé par le produit de la chasse. Ils escaladent les montagnes comme des chèvres. »
Plus tard, les grandes nations commerçantes de l’Antiquité fondent des comptoirs permanents dans la région, véritable point de rencontre des routes commerciales qui cheminent vers la Gaule intérieure, l’Italie, l’Afrique et l’Orient. On assiste alors à l’implantation de l’olivier, une des nombreuses plantes importées et naturalisées en Provence à l’époque. Les premières perspectives sont issues des travaux des Grecs, civilisation pionnière de l’architecture, qui aménagent des grottes et des belvédères.
Mais il faut attendre la présence romaine (fin du deuxième siècle avant J.-C.) pour voir apparaître les véritables premiers jardins provençaux. La civilisation romaine fait alors preuve d’un grand raffinement, mêlant architecture, statues, escaliers, sources, grottes, fontaines et jets d'eau aux platanes d’Orient, cyprès, peupliers, figuiers, pins parasols, rosiers, violettes, pervenches, pavots, lis et tulipes. L’homme cherche à domestiquer la nature par le biais de l’ars topiaria, que l'on peut traduire par « art du paysage ».
A la fin de l’Antiquité, les jardins de plaisance sont quelque peu délaissés, au bénéfice des jardins à vocation utilitaire : potagers et vergers, situés à proximité du village, sont composés de nouvelles espèces, comme la canne à sucre, le bananier, le bigaradier, le cotonnier et plus tard le citronnier (entre le Xe et XIIe siècles) et l’oranger (XIVe siècle). Les jardins médicinaux, encore appelés Herbularius ou « jardins des simples », occupent une place de choix dans les abbayes, qui conservent également des traces de la tradition du jardin antique.
L’horticulture, activité économique à part entière dans la région d’aujourd’hui, se développe véritablement à l’époque médiévale, grâce aux plantes et aux graines rapportées des croisades.
Bien que les influences de la Renaissance tardent à se faire ressentir dans la région, et ceci malgré la proximité de l’Italie et des efforts du roi René d’Anjou (1408-1480), à Aix, les premiers jardins d’accompagnement font leur apparition au XVIe siècle. On note toutefois des différences entre le jardin italien, organisé en terrasses reliées par des escaliers, et le jardin français, qui privilégie davantage les dessins des parterres : le jardin provençal est alors à la croisée des deux modèles.
A partir du XVIe siècle, les grandes familles mettent en valeur et aménagent leurs jardins, notamment en apportant l’eau qui fait défaut à la région. Le jardin provençal est un jardin de bastide, maison de maître située au centre d’une exploitation agricole et de ses dépendances. La bastide marque l’emprise de la ville sur la campagne et rapproche l’exploitation agricole de la maison de plaisance et de ses jardins, proposant de joindre l’utile à l’agréable.
A cette même période, l’amélioration des connaissances et la meilleure maîtrise des conditions de plantation, vont permettre l’introduction de nouvelles espèces. Ainsi, apparaissent dans les potagers du Midi des légumes italiens comme la citrouille, l’aubergine, l’artichaut et la salade « romaine »… Ces exemples de réussite horticole sont le fruit des travaux d’illustres agronomes de l’époque, tels Olivier de Serres (1539-1619), qui considère le jardinier comme « l’orfèvre de la terre » car il surpasse le simple laboureur, comme l’orfèvre le simple forgeron. Enfin, l’époque connaît l’essor de la botanique, activité qui suscite un intérêt grandissant, et les premières collections font leur apparition.
La botanique continuant à prendre de l’ampleur au XIXe, elle accompagne l’évolution des jardins vers le pittoresque, qui met en avant le caractère paysager du jardin. Ainsi, aux côtés des arbres régionaux, tels l’alisier, l’if, le cyprès, le frêne, l’ormeau et le marronnier, apparaissent des espèces exotiques, tels l’arbre de Judée, le magnolia, le cèdre, l’érable ou encore le thuya. Ce goût pour le jardin pittoresque s’explique par la volonté de refaire le lien entre la « vraie nature » et celle qui est recomposée par la main de l’homme, dans son jardin.
D’autre part, l’invention de la Côte d’Azur marque le lancement des grands jardins d’acclimatation, composés de palmiers, d’agaves, de fusains, de houx, de bambous, d’aloès, de cierges, de figuiers de Barbarie et de cactées. Ils font l’objet d’une fréquentation hivernale, au rythme des premiers hôtes de la côte, impressionnent et font rêver grâce à leurs espèces venues des quatre coins du monde. L’influence classique refait alors une apparition et accompagne cette exubérance tropicale avec par exemple l’édification de belvédères, de colonnades et de pergolas.
C’est cette époque où tant d’influences viennent s’entremêler, où l’activité horticole bas son plein, où les premiers hivernants sont enchantés par les couleurs soutenues de la végétation, que nous nous proposons d’évoquer. Tout au long de l’itinéraire, nous ferons revivre la mémoire des jardins d’hier, qui composent aujourd’hui l’écrin de verdure tant apprécié de notre région.