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La vallée de Sauvebonne, une enclave de Provence verte en littoral

La vallée de Sauvebonne est particulièrement remarquable par le contraste qu’elle offre avec les paysages littoraux du reste du territoire. Au delà des valeurs intrinsèques de ses paysages ruraux majestueux, vallée riante et verdoyante dominée par le repère d’un Coudon lointain mais omniprésent à l’Ouest, et par les contreforts du massif des Maures à l’Est, Sauvebonne est d’abord un grand paysage historique qui restitue une ambiance quasiment inchangée depuis le XIXème siècle.
La parcourir sur les 20 kilomètres qui s’enfoncent perpendiculairement au rivage le long du Réal Martin, affluent du Gapeau, donne tout son poids à l’expression que Pierre Nicolas Fellon« […] La vallée de Sauvebonne, située au nord d'Hyères, à une lieue de distance, n'a point d'établissement curieux à visiter, mais on doit en faire mention comme d'une magnificence de l'industrie agricole. Il n'est guère possible de trouver ailleurs des plantations de vignes avec plus d'éclat, de régularité et d'étendue ; des prairies, des vergers de pêchers et de noisetiers, des allées de mûriers avec plus de fraîcheur, de beauté et d'harmonie ; des sites avec des accidents plus aimables et plus pittoresques. Ce n'est pas outrer les charmes de cette vallée que de la comparer, en réalité, à ces endroits imaginaires où les romanciers et les poètes placent, au milieu de la paix, de l'abondance et des trésors de la nature, le bonheur surhumain ou la félicité extatique ; c'est le sentiment qu'elle suggère lorsqu'on la parcourt dans la belle saison. Une rivière, le Réal Martin, traverse et féconde Sauvebonne que le village de Pierrefeu domine au loin. MM. Frédéric et Aimé Rey, MM. louis, Blaise et Jacques Aurran sont les propriétaires de ce quartier fortuné ».
P. N. Fellon Hyères en Provence ou Guide des voyageurs, 1834 dans Territoires littéraires des îles à la Ville Hyères les Palmiers Ecrits d'une ville par Odile Jacquemin, Catherine Berro, Mémoire à lire, territoire à l'écoute, La Valette-du-Var, 1998
 avait utilisée pour la décrire, dans le premier guide des voyageurs qu’il avait rédigé en 1834 : « une magnificence de l’industrie agricole ».

Les grandes bastides qui la bordent reflètent ce mode d’habiter propre à la Provence où aristocrates et grands bourgeois avaient développé depuis le XVIIIème siècle un art de vivre le territoire, dans un savant équilibre entre la ville et la campagne, entre l’hiver et la saison d’été.

Si le domaine avait une fonction nourricière, il ne saurait se concevoir sans fonction de détente et de séjour. C’est donc autant pour surveiller les travaux agricoles que pour le plaisir de vivre la fraîcheur que les propriétaires quittent la torpeur de leurs hôtels particuliers de la ville close pour s’installer à la bonne saison dans leurs demeures rurales.

Remarquables parmi toutes, les allées monumentales de pins pignons et de platanes qui conduisent aux domaines de "La Grande Bastide" et du "Viet".

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Le Domaine du Viet ou Villet
Amédé Bodinier, Hyères et ses environs, G. Bloch Imprimeur-éditeur, 1892

Le hameau de Sainte-Eulalie « La Grand’ Bastide est à une lieue de la ville ; Alexandre Aimable y passe ses journées, harcelé par le travail : les foins, la moisson, l’émondage des oliviers, les réparations des digues du Gapeau, dont il faut toujours se protéger. Le premier inventaire se révèle peu réjouissant : sur 560 hectares, […] on trouve déjà 300 hectares de bois, de broussailles et de mauvais bosquets depuis longtemps brûlés ; puis 200 hectares de terres labourables dont la moitié incultes. On est surpris de ne compter que 13 hectares de vignes dans un grand domaine et dans une province où la viticulture tient une si grande place actuellement […] Durant l’hiver 1778, A. A. vend toutes ses oranges à un négociant ; il veut s’occuper davantage de la Grand’ Bastide et ne peut être partout à la fois. Année par année, les comptes s’améliorent […] Après de bonnes fumures et un travail bien organisé, le revenu de 78 a doublé ; A. A. plante des orangers, des citronniers, des chinois et des cédratiers pour la confiserie. En quelques années, il arrive à 6000 arbres dans ses jardins, sans compter à la campagne quelques centaines de pêchers, de poiriers et de pruniers dont les fruits ont, sur ces terrains d’Hyères, une saveur qu’on ne trouve nulle part ailleurs […] Au moment de son arrivée à Hyères, Monsieur De Beauregard prévoyait dix à douze ans pour remettre en état la Grand’ Bastide. Au milieu de beaucoup d’autres occupations, il se consacre à faire revivre ce domaine qu’il baptise d’ailleurs Sainte Eulalie. Il défriche des terres recouvertes de bruyères, de ronces ou de genêts et entreprend de grands travaux dans ces champs incultes. Il change et améliore ses outils aratoires : jusqu’ici, on n’utilisait que l’araire ou la pioche, maintenant huit charrues travaillent presque chaque jour ; un maréchal confectionne les socs de fer entrouvrant le sol que la houe primitive ne faisait qu’égratigner. Il garde 18 bœufs de labour auxquels il adjoint quatre vaches et deux vieilles juments ; deux bergeries distinctes abritent des troupeaux importants […] Pour augmenter ses revenus, A. A. construit un haras de 24 chevaux et juments dont il vend les produits […] Le moulin à huile ne renfermait que deux pressoirs vétustes, il les remplace par quatre pressoirs neufs. », édifié en section à la fin du XIXème siècle, présente un des traits les plus significatifs de l’urbanisation de la Provence, où la densification de la population du terroir rural crée les besoins d’une structuration administrative : on y retrouve ainsi, pour les besoins d’une population qui hésita longtemps entre la Crau et Hyères, la triade des monuments et services qui structura la France de la troisième république : l’église, la mairie et l’école.

A quelques kilomètres plus au sud, une  autre grande bastide, celle de Sainte Eulalie, appartenant à Alexandre Aimable de David Beauregard   s’est fait connaître comme la plus grande propriété   du milieu du XIXe siècle, où elle avoisinait les  1000 hectares.
Une des descendantes, Hélène de David Beauregard, a retracé dans un livre récent la mise en valeur du domaine que le gentilhomme entreprend en 1776 : Extrait de la thèse de doctorat Odile Jacquemin : Hyères et sa rade, la formation d'un paysage urbain entre terre et mer, de 1748 à nos jours.