Simone Berriau et le domaine de Mauvanne
Tant la personnalité de Simone Berriau que le site de Mauvanne lui-même
donnent le recul nécessaire pour comprendre comment est née
la Cote d’Azur. C’est à l’extrême bout de
la vallée de Sauvebonne, là où la Provence rurale se
mue en littoral azuréen, que l’artiste parisienne choisit par
deux fois de s’investir « bâtisseuse », une fois
pour mettre en valeur un paysage rural, trente ans plus tard pour faire surgir
la première tourAu début des années 1960, Simone Berriau met en projet la réalisation
d’un ensemble résidentiel à l’attention des personnalités
du spectacle. Le complexe immobilier se situe près des Salins d'Hyères,
sur un ancien terrain militaire à l’embouchure du Gapeau. Le chantier
est lancé en 1962. Le promoteur en est Marius Caillol. Le maître
d’œuvre est l'architecte toulonnais Pierre Pascalet. Les immeubles
portent les noms de pièces créées au théâtre
Antoine, dont Simone Berriau était la directrice : "La Chatte sur
un toit brûlant", "Vu du pont" ou "L’heure éblouissante".
Un port privé est aménagé sur le Gapeau. Deux immeubles
en barre, dont l'un incurvé, de quatre étages chacun, font face à la
mer, dominés par une tour de dix étages «L’heure éblouissante»,
de 40 studios. A coté, une bande d’appartements mitoyens, à un étage,
en duplex, possédant chacun un jardin individuel complète la
résidence. Les garages sont regroupés dans des corps de bâtiments
indépendants. Une rue centrale menant à la mer est bordée
de deux galeries marchandes.
Le complexe du "Simone Berriau Plage" vaut autant pour l’exercice
architectural que pour l’expérimentation urbaine du complexe de
loisirs qui s’inscrit entre Héliopolis et Port-Grimaud, où s’explore
une nouvelle forme de « colonie » et de mode de vie, entre loisir
urbain et villégiature de mer, négociant, à la différence
de l’hôtel de villégiature, entre privatisation du logement
et sociabilité du club. En 1964, la résidence a été complétée
par une piscine, une pataugeoire et un restaurant ; un tennis avait été projeté,
qui n'a jamais été réalisé. A la mort de Simone
Berriau, en 1984, les propriétaires changent et la résidence
perd de son aura, de son prestige et de sa renommée.
Extrait de thèse de doctorat Odile Jacquemin « Hyères,
la formation d’un paysage urbain entre terre et mer, de 1784 à nos
jours » de l’urbanisation du littoral, haute de dix étages.

Mauvanne est un site incontournable dans la typologie des paysages remarquables du territoire hyérois, à la fois témoin de cette prospérité viticole de la fin du siècle dernier, qui mettait Hyères en première place dans le département pour sa viticulture, et à la fois site majeur de la libération de Toulon.
Le domaine fait déjà partie de la vingtaine de sites remarquables présentés en 1864 par Amédée Aufauvre dans le premier Guide d’Hyères et de ses environs. Gustave Roux le mentionne dans l’énumération des biens ecclésiastiques qui constituent le quart du territoire de la commune avant la Révolution. L’ouvrage de Bodinier de 1892 montre une photographie de la maison de maître laissant apparaître les transformations architecturales de l’aménagement de l’ancienne bastide en château, au XIXème siècle, lors de cette mise en valeur viticole.Par deux fois, à dix ans d’intervalle, Mauvanne est sous le feu des projecteurs.
La première mutation se fait avec l’éclat des paillettes du show-biz, lors de l’acquisition, en 1934, du domaine par Simone Berriau, actrice réputée du « tout-Paris », la deuxième sous les tirs des canons, lors de la libération de la ville en août 1944.
L’acquisition du domaine par Simone Berriau suit l’installation des Noailles et d’Edith Wharton dans les jardins de Saint-Bernard et de Sainte-Claire. Simone Berriau s’achète une vigne de la même manière qu’à Saint-Tropez, Colette s’installe à la Treille. Elle restaure la maison dans le style provençal. Elle se découvrira une passion pour la viticulture. Comme les Noailles ou Edith Wharton, « elle reçoit ». Mauvanne est une villégiature d’accueil pour ses amis artistes parisiens, Pierre Lazareff, François Perrier... mais aussi pour la société américaine, Charlie Chaplin…
Sur les quatre-vingts hectares du domaine, soixante-cinq sont plantés en vigne de toute première qualité. C’est la grande époque du Muscadet. Elle y expérimente un des premiers Blanc de Provence. Comme Charles de Noailles pour ses fleurs, elle innove, secondée par son beau-frère, et fait en peu de temps un vin renommé qui se vante aujourd’hui d’être le seul en AOC du territoire d’Hyères.
Simone Berriau devient cette viticultrice renommée l’année où Sylvia de Porquerolles se voit décerner le titre de « Première paysanne du Var ».
Aujourd’hui, Mauvanne, vendu par le fils de Simone Berriau, prend place comme une des 400 caves privées du Var, dans un des secteurs économiques les plus prospères du département. 30 000 hectares de vignes dont 25 000 en AOC.
Extrait de la thèse de doctorat Odile Jacquemin : « Hyères et sa rade, la formation d'un paysage urbain entre terre et mer, de 1748 à nos jours »